segunda-feira, 19 de maio de 2014

Française


Je perdrai la raison.
Lundi, à quelque moment,
Je perdrai la raison.
J'abandonnerai mon air bougon,
Sourirai, si nécessaire,
En illuminant mon visage gris.
Je ne serai plus, certainement,
Froid, étranger, sans cœur, réticent... Précis.
Je vais te chercher, Française,
Exhiberai, sans gêne,
Mon humiliante tristesse.

Je perdrai le jugement.
Mardi, à quelque moment,
Je perdrai le jugement.
J'abandonnerai mon air calme,
Pleurerai, si nécessaire,
Pour que tu me donnes un signe.
Je vais rester à ta porte
Déployé comme un paillasson tissu d'espoir mort.
J'assiérai dans le caniveau, 
Exhiberai, sans pudeur,
Ma figure abjecte.

Je perdrai la prudence.
Mercredi, à quelque moment,
Je perdrai la prudence.
J'abandonnerai mes vérités, 
Mentirai, si nécessaire, 
En simulant des étourderies.
Je vais surveiller ta maison
Silencieux comme une ombre,
Je me rassasierai de dégoût.
J'agirai comme un enfant, 
Feindrai, si nécessaire,
Comme un acteur cabotin.

Je perdrai le bon sens.
Jeudi, à quelque moment,
je perdrai le bon sens.
J'abandonnerai mes certitudes, 
Implorerai, si nécessaire, 
pour que tu m'acceptes, Française.
Je vais te suivre de près, 
Comme un mauvais chien,
de regard peureux, désert.
J'apparaîtrai d'imprévu
Pour que tu découvres que j'existe.

Je perdrai la honte.
Vendredi, à quelque moment,
Je perdrai la honte.
J'abandonnerai mes craintes.
Je boirai, si nécessaire, 
Pour que je t'aborde sans détours.
Je vais me traîner à tes pieds 
Comme un contrit
dévot à la perfection que tu es.
J'admettrai mes faiblesses,
Pour que tu me veuilles, Française.

Je perdrai le discernement.
Samedi, à quelque moment,
Je perdrai le discernement.
J'abandonnerai ma décence.
Je crierai, si nécessaire,
Pour que tu entendes mes pleurs.
Je vais te sentir les cheveux,
Quand tu passes par moi
Embellissant la cité.
Je déchirerai mes vêtements comme encore un appel
Pour que tu me regardes une fois, même que pour pitié.

Je perdrai l'espoir.
Dimanche, à quelque moment,
Je perdrai l'espoir.
J'abandonnerai ma lâcheté,
Reprendrai ma raison pour t'oublier, Française.
Quelle ombre de lune pleine qui, joueuse, joue de soleil,
Semaine prochaine, quelque jour,
Traversera ta fenêtre mon ombre
Et dans la senteur de tes draps
Se couchera pour un adieu,
Mon infaisable amour.